1 – Le “faux” départ

Au-revoirsC'est probablement une des étapes les plus difficiles dans un long voyage comme celui que nous entreprenons, les au-revoirs. Compagnes, familles, amis. La présence des gens qu'on aime fait du bien, rassure au quotidien et c'est le premier confort dont on est obligés de se séparer.

Ah, mais tu te demandes sûrement qui nous sommes. Romain et Benoit, on vient d'avoir 30 ans, on est originaires de Marseille et on part. On part a vélo, parcourir notre jolie planète, rencontrer les belles personnes qui la peuplent. On aimerait trouver plein de gens qui... Non en fait, je t'en dis pas plus, tu nous découvriras bien assez tôt au fil de ce récit. Au fait, on se tutoie hein ? Allé, on y va.

Romain a déménagé ses six années d'affaires accumulées en Roumanie vers la France. Chanceux le bougre, la voiture de son entreprise était disponible. Néanmoins, il fallait bien la ramener jusqu’à Bucarest, c'est ainsi que commence notre aventure, par un road trip, vélos dans le coffre.

On est à Marseille, le soleil tape, fort, très fort pour un 3 octobre. Il est 14h, nous finissons par démarrer. Direction Venise, en Italie. Près de 800 km nous séparent de notre première étape alors, non, malheureusement, nous n'aurons pas le temps pour une visite de la Sérénissime, ce n'est que partie remise. La route a été bonne, nous avons passé les quelques 113 kilomètres faits de 67 tunnels et 90 ponts de l'autoroute A10, sans la moindre embûche. Ça fait un moment que nous ne nous sommes pas vus. Romain vit en Roumanie depuis près de 6 ans, Benoit a alterné entre la France et le Canada. Malgré le pincement de plus en plus fort a chaque pensée pour nos proches, nous ressentons une grande joie commune de nous retrouver. Il faut dire que nous avons partagé les bancs de l'école ensemble, dès 7 ans. On se connait bien, depuis longtemps et on s’apprête à vivre un rêve commun, un rêve de gosse. Nous arrivons sur les coups de 22h, nous avons réservé une chambre dans un B&B. Nous y posons nos affaires, sortons au bar du coin de la rue pour de se désaltérer d'une bonne bière, puis au lit, demain, rebelote ! 8h30, réveil. Nous prenons le petit déjeuner gentiment préparé par notre hôte, toilette complete, remballage des affaires et on saute dans la voiture, il est 10h.

Il fait un peu plus froid que la veille a la même heure, mais le temps est très clément. Il est midi, nous traversons la frontière slovene. Le fonctionnement est similaire à la Suisse, une vignette est nécessaire pour utiliser les autoroutes du pays. Nous en profitons pour demander à la douanière l'adresse d'un restaurant typique, ce qu'elle nous indique avec un grand sourire, c'est autre chose que les frontières américaines, assurément. Arrivés sur place, fermé... C'est pas si grave, on fera un crochet un peu plus grand, puis la capitale est belle. Nous avions déjà eu l'occasion de visiter Ljubljana ensemble quelques années auparavant, mais cette fois ci, une pluie froide tombe lorsqu'on y arrive alors l'escale sera courte. C'est pas plus mal, on est meme pas a la moitie du trajet aujourd'hui. Nos mets engloutis à grande vitesse nous repartons.

BudapestIl est 20h, ce fut long, mais nous voilà à Budapest. Quelle jolie ville. Traversée par le Danube, elle est le résultat de la fusion de ses deux rives, Buda et Pest, en 1873. Nonobstant le fait que nous soyons un mardi, nous ressentons une ambiance très atypique dans les rues. Au détour d'une rue nous entrons dans un bar, ou plutôt, un immeuble abandonné et transformé en un immense bar. Simplement incroyable. Il paraît que ce genre d'établissement s'est multiplié ces dernières années dans la capitale hongroise. C'est le genre de lieu qui, à lui seul, donne envie de s'installer ici. La fatigue est quand même bien présente et beaucoup de kilomètres sont encore devant nous, alors nous partons nous coucher avant que la fête ne nous entraîne. Nous reviendrons, c'est sûr. Pour tout te dire, on voulait attendre notre destination finale en une seule journée après Budapest mais c'était sans compter les routes roumaines, un détail. En effet les autoroutes sont rares et tu te retrouves très souvent bloqué sur des petites routes à une voix, derrière une ribambelle de camions qui empruntent le seul chemin possible, le même que toi.

SibiuDu coup, ce sera Sibiu ce soir. Mais quelle belle surprise. Cette petite ville est clairement magnifique. C'est une chose qui nous vient à l'esprit instantanément, l'image de la Roumanie dans notre France natale  est profondément erronée. Ce pays a un charme que peu de gens soupçonnent et d'ailleurs, la suite de la route va le confirmer. Dernier jour de trajet. Plus que 300 kilomètres, dont une grande partie dans les Carpates. La splendeur de ces montagnes laisse sans voix,ou plutôt nous remplie de "Oh", de "Wahou", et autres onomatopées. On avance à 60 km/h de moyenne, mais c'est une chance plus qu'un labeur. Nous longeons la rivière de l'Argeș, qui prend sa source dans les monts Făgăraș et se jette dans le Danube. C'est beau, c'est chouette. Je suis sûr que tu aurais aimé autant que nous.

Ça y est, nous arrivons enfin dans la capitale de la Roumanie, București. À chacune de mes visites, c'est toujours la même sensation. La ville ressemble à une succession de bâtiments délabrés - avec un potentiel énorme - et de bâtiments dont ce potentiel a été exploité, bien souvent par des jeunes. Je suis d'ailleurs à chaque fois bluffé par la créativité de la jeunesse d'ici. J'aime bien dire que Bucarest est à l'Europe ce que Brooklyn était à New York. Peuplée d'artistes, c'est un nid sensationnel encore peu connu. Elle deviendra à coup sûr le nouveau Berlin.

Le programme maintenant ? On se pose ici quatre jours. Romain fait ses derniers préparatifs, ses au-revoirs à ses amis d'ici. On part lundi. Cette fois, c'est le vrai départ et ça commence à Istanbul.

T'es prêt ? Nous on est chauds.