2 – Bienvenue à Galata

img_20161010_191035-01Ils étaient dans nos têtes depuis longtemps, ces premiers coups de pédale et ça y est, on y est, sur le vélo en direction d'Istanbul depuis l'aéroport de Sabiha Gökçen. Une quarantaine de kilomètres nous séparent de notre destination, 35 à vélo, 5 en ferry, ou plutôt en "vapur", une sorte de bateau à vapeur.

Après une courte distance à plat, la première côte est terrible.  Il faut dire qu'entre le vélo lui-même, les bagages et notre propre poids, il y a une centaine de kilos à tirer. Il va falloir s'y habituer, ce n'est que le début et c'est loin d'être la plus grosse difficulté que nous rencontrerons jusqu'en Indonésie. Une fois en haut, notre effort nous réserve une première satisfaction de taille, une vue grand angle sur l'immense Istanbul. Nous sommes à ce moment sur la rive asiatique, les yeux rivés vers notre vieux continent natal.

S'en suit un parcours acrobatique interminable dans le trafic, jusqu'à arriver au port de Kadıköy. Nous cherchons désespérément un moyen d'acheter un billet pour le trajet nautique. Chance oblige, je me dirige vers un jeune couple turc, d'une vingtaine d'années, qui d'une gentillesse sans égal m'offre une istanbulkart, sorte de pass navigo. Recharge faite, nous grimpons sur notre embarcation.

img_20161012_180801-01À ce moment là, nous sommes très exactement entre l'Asie et l'Europe, c'est une des particularités de la ville, traversée par le Bosphore, un détroit qui relie la mer Noire à la mer Marmara, ligne de séparation des deux continents. Tout un symbole.

Nous arrivons au port de Karaköy. Le GPS nous indique 450 mètres pour nous rendre au point de rendez-vous convenu avec notre hôte, la tour de Galata. Elle culmine en haut d'une colline à 60 m de hauteur, autant dire que la dernière portion était raide !

Nous entrons chez  Hervé. J'ai oublié de t'évoquer ce détail. Par le biais de la connaissance d'une connaissance de Romain, Hervé nous a adorablement proposé de nous héberger le temps de notre séjour ici. Hervé, il est prof de maths dans le lycée de Galatasaray, il vit en Turquie depuis 20 ans, est une encyclopédie sur pattes, a eu un flair incomparable en achetant un appartement collé à la tour de Galata il y a 10 ans pour une bouchée de pain, le quartier étant devenu un des plus prisés de la ville.

Parlons-en tiens, de ce quartier. Les gens ici vivent en pente. Soit ça monte, soit ça descend, partout, tout le temps. C'est un lieu où le passage de visiteurs de tous horizons, y compris stambouliotes,  est incessant. Le jour, chaque rue a sa spécificité, dans une, tu ne trouves que des luminaires, dans l'autre, que des instruments de musique... Le soir, impossible de faire 100 mètres sans tomber sur un bar ambiancé. Central, c'est le lieu idéal pour partir à la découverte de ville.

Bon reprenons le cours de notre histoire, chez Hervé nous rencontrons Franck, un ami et Maryam, sa compagne, tout deux français. Un repas de roi nous attend et le Rake, alcool local anisé style pastis est là pour rendre l'ambiance amicale. Nous discutons de notre projet, de leurs vies, de la Turquie d'avant, d'aujourd'hui, de l'Iran.. Une belle soirée en somme.

img_20161011_132139-01Les jours suivants, nous visitons cette ville à l'histoire incomparable. D'abord Byzance du VIIe siècle av. J.-C. à 324, cité grecque, capitale de la Thrace, puis Costantinople, capitale de l'empire romain d'orient jusqu'en 1453, enfin capitale de l'empire ottoman,  chaque centimètre regorge de souvenirs de ses passés. Les mosquées bleue et Sokollu Mehmet Pacha, les palais sultaniques Dolmabahçe et Topkapı, la basilique Sainte-Sophie, la citerne-basilique, le grand bazar... Il est culturellement impossible de s'y ennuyer. Et, évidemment, la tour de galata, construite en 1348 par les génois, le mot galata venant probablement de l'italien "calata" voulant dire "pentu".   Ancienne tour de guet, transformée en prison, réutilisée comme tour de guet, elle a été abandonnée puis réhabilitée en lieu touristique avec sa vue imprenable.

Cette vue, on l'a, en mieux et gratuitement, sur le toit terrasse de l'immeuble dans lequel nous logeons. Les couchers de soleil y sont flamboyants.

img_20161012_175348_7cs-01Tu dois à coup sûr connaître le club de football du Galatasaray Spor Kulübü. Alors petite anecdote intéressante. Tu remarqueras durant le prochain derby contre Fenerbahçe, club plus proche du prolétariat, que les chants contre Galatasaray sont souvent des insultes, en français, s'il vous plaît. Pourquoi ? En fait, le club de Galatasaray est une émanation de l'équipe du lycée de Galatasaray. Ce lycée est réservé à l'élite du pays. Et les cours y sont dispensés en français depuis 1868. Bien qu'il n'y ai plus d'affiliation entre l'établissement scolaire et le géant du football, le lien historique subsiste dans la mémoire populaire. C'est cadeau, tu pourras la placer à ta prochaine soirée pizzas / ligue des champions.

J'aurai tellement de choses à dire sur cette ville que ça prendrait un livre entier alors je vais m'arrêter là.

On s'est régalé, ici à Galata. Demain nous partons vers l'est à vélo la route s'annonce belle à partager avec toi.