4 – Féérique Cappadoce

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Tu te souviens d'Hervé ? Le prof de maths du lycée Galatasaray à Istanbul ? Il a aussi une grande maison dans le village d'Uçhisar, en Cappadoce. C'est là que nous avons posé nos vélos pour quelques jours.

Mehmet, qui y tient un restaurant, nous accueille autour d'un thé avant de nous indiquer où nous pouvons trouver la maison d'Hervé. Nous traversons ce village pittoresque, mélange d'anciennes maisons creusées dans la roche et d'habitations modernes essayant de garder le cachet originel. Nous arrivons après quelques centaines de mètres dans notre demeure ephémère. Mais avant de t'en parler, je dois te décrire la Cappadoce.

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Ça commence il y a dix millions d'années avec les éruptions succéssives et entrecoupées de plusieurs volcans jusqu'au pilocène, il y a deux millions d'années. Cette longue période a laissé place à une superposition de couches plus ou moins dures créant un vaste plateau d'environ 50km de diamètre. Sur cette base, le temps et l'érosion ont modelé un paysage à couper le souffle, mélange de vallées et de de cheminées de fées. C'est dans cette composition que les humains se sont installés au fil des siècles, creusant des habitations individuelles dans les cheminées ou encore de véritables villes troglodites.

Hervé a acheté une ruine de ces grottes il y a longtemps pour une poignée de figues et a pris le temps de la restaurer en une maison à peine croyable. La vue depuis les terrasses est fantastique. Tous les matins, des dizaines de ballons décollent pour parcourir les vallées, l'énergie que l'ont y ressent est semblable à celle de Bagan en Birmanie.

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Nous avons passé quelques jours dans cette maison avec Noémie et Juliette, étudiantes ayant choisi de faire un Erasmus à Istanbul et qui ont eu la grande chance de connaitre Hervé, à peu près dans les mêmes circonstances que nous. Réveils au levé de soleil, trekking dans les vallées, balades à vélo, apéros au raki ont rythmé cette magnifique escale. Nous avons aussi eu la chance de rencontrer plusieurs français installés sur place, dont Coline, architecte, qui restaure dans son cabinet les vielles grottes du village ou encore Hélène et Nicolas, grands voyageurs qui n'ont jamais pu repartir de la région et y ont créé un ranch où ils organisent des randonnées de plusieurs jours à cheval au milieu des vallées.

Le départ est difficile, mais nous devons retourner à Ankara pour récupérer nos visas iranniens, néanmoins, une fois là-bas, les belles surprises se sont enchainées. Nous rencontrons les rédacteurs du journal d'opposition Solfasol, dans lequel nous publions une chronique mensuelle au sujet des situations démocratiques et écologiques des pays que nous traversons. Nous mangeons un bout avec la créatrice du journal Gaia, qui lutte contre la violence du gouvernement en dénonçant les attrocités que ce dernier perpétue et avec une journaliste vidéaste du d'un collectif indépendant qui a choisit de rester à Ankara pour filmer les violences policières. Nous sommes aussi intervenus dans le lycée français d'Ankara afin de parler de notre voyage et de nos objectif et de fait, sensibiliser les élèves à l'écologie et à la permaculture.

Nous commençions à nous sentir impliqués dans la lutte contre Erdogan mais il était temps de partir, nous avions déjà passé beaucoup plus de temps que prévu en Turquie.

Tu as déjà entendu parlé du transasya express ? Bon, il existe plus vraiment car il est aujourd'hui impossible de traverser la frontière iraniènne en train. Cependant, le tronçons turc est toujours là. 25h de trajet au milieu des montagnes de l'est, c'était vraiment cool.

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Après quelques péripécies entre les villes de Kars, Agri et Doguboyazit, nous chevauchons enfin nos vélos vers le berceau des civilisations.